Palavras ditas ...

Se eu gosto de poesia?
Gosto de gente, bichos, plantas, lugares, chocolate, vinho, papos amenos, amizade, amor... Acho que a poesia está contida nisso tudo."
Carlos Drumond de Andrade
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segunda-feira, 14 de outubro de 2013

Lorsque Tu Me Liras



Lorsque tu me liras, je te regarderai dans le pare-brise, 
Tu viendras à moi, tout entière, comme la route, 
Lorsque tu me liras, la maison sera silencieuse, et mon silence à moi te remplira tout entière aussi. 
Avec toi, dans toi, je ne suis jamais silencieux, c'est une musique très douce que je t'apporte... 
Quant à toi, tu verses au plus profond de ma solitude, cette joie triste d'être, cet amour que, jour après jour, nous bâtissons, en dépit des autres, en dépit de cette prison où nous nous sommes mis, en dépit des larmes que nous pleurons chacun dans notre coin, mais présents l'un à l'autre... 

Je te voyais, ces jours ci, dans la lande, là-bas, où tu sais... 
Je t'y voyais bouger, à peine te pencher vers cette terre que nous aimons bien tous les deux, et tu te prosternais 
à demi, comme une madone, et je n'étais pas là... ni toi... 
Ce que je voyais c'était mon rêve... 

Ne pas te voir plus que je ne te vois... 
Je me demande la dette qu'on me fait ainsi payer. 
Pourquoi? L'amour est triste, bien sûr, mais c'est difficile, au bout du compte, difficile... 

Dans mes bras, quand tu t'en vas longtemps vers les étoiles et que tu me demandes de t'y laisser encore... encore... 
Je suis bien; c'est le printemps, tout recommence, tout fleurit, et tu fleuriras aussi de moi, je te le promets. 

La patience, c'est notre grande vertu, c'est notre drame aussi. 
Un jour nous ne serons plus patients. 
Alors, tout s'éclairera, et nous dormirons longtemps, et nous jouirons comme des enfants. 
Tu m'as refait enfant; j'ai devant moi des tas de projets de bonheur... 
Mais maintenant, tout est arrêté dans ma prison. 
J'attends que l'heure sonne... 
Je me perds dans toi, tout à fait. 

Je t'aime, Christie, je t'aime. 

Léo Ferré

quinta-feira, 23 de junho de 2011

La Solitude



Je suis d'un autre pays que le votre, d'un autre quartier, d'une autre solitude.
Je m'invente aujourd'hui des chemins de traverse.
Je ne suis plus de chez vous, j'attends des mutants.
Biologiquement je m'arrange avec l'idée que je me fais de la biologie: je pisse, j'éjacule, je pleure.
Il est de toute première instance que nous façonnions nos idées comme s'il s'agissait d'objets manufacturés.
Je suis prêt à vous procurer les moules.
Mais, la solitude.
Les moules sont d'une texture nouvelle, je vous avertis.
Ils ont été coulés demain matin.
Si vous n'avez pas dès ce jour, le sentiment relatif de votre durée,
il est inutile de regarder devant vous car devant c'est derrière, la nuit c'est le jour.
Et la solitude.
Il est de toute première instance que les laveries automatiques, au coin des rues,
soient aussi imperturbables que les feux d'arret ou de voie libre.
Les flics du détersif vous indiqueront la case où il vous sera loisible de laver ce que vous croyez etre votre conscience et qui n'est qu'une dépendance de l'ordinateur neurophile qui vous sert de cerveau.
Et pourtant la solitude.
Le désespoir est une forme supérieure de la critique.
Pour le moment, nous l'appellerons "bonheur",
les mots que vous employez n'étant plus "les mots" mais une sorte de conduit à travers lequels, les analphabètes se font bonne conscience.
Mais la solitude.
Le Code civil nous en parlerons plus tard.
Pour le moment, je voudrais codifier l'incodifiable.
Je voudrais mesurer vos danaïdes démocraties.
Je voudrais m'insérer dans le vide absolu et devenir le non-dit,
le non-avenu, le non-vierge par manque de lucidité.
La lucidité se tient dans mon froc...

Léo Ferré

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